Améliorer le MOOC Itypa est-ce possible ?

3

25 janvier 2013 par carolinejouneausion

Petit rappel du contexte : nous nous sommes inscrits dans ce MOOC parce que nous sommes curieux, certes, travailleurs, c’est sûr, intéressés, sûrement… mais aussi (surtout ?) parce que nous étions embarqués dans un master Architecture de l’Information qui nous demandait, entre autres travaux collectifs, d’analyser un dispositif d’apprentissage à distance. Et parmi les consignes dudit travail à rendre (contre une jolie note critériée) : proposer des améliorations à apporter au dispositif étudié. Voici donc nos propositions, modestes bien sûr.

Comment améliorer l’engagement ?

L’engagement, c’est-à-dire le fait d’accepter de participer activement au processus d’apprentissage, est l’élément-clef de la réussite d’un dispositif socio-constructiviste. Le Mooc Itypa a bénéficié de ce point de vue de son aspect innovant : les Mooc se développent, on en parle sur internet, sur les réseaux sociaux. Le thème de ce Mooc (Internet, Tout Y est Pour Apprendre) et son objectif affiché (“créer son environnement d’apprentissage en ligne”) permettent à une partie des internautes de se prévaloir d’un certain nombre d’acquis préalables : internet, ils connaissent. C’est la raison pour laquelle le MOOC Itypa a reçu 1000 demandes d’inscription la première semaine. Un bel engagement initial donc.

Mais le dispositif du Mooc connectiviste demande beaucoup plus que ce premier engouement. Il repose avant tout sur l’engagement personnel des participants au sein du réseau des apprenants. L’apprentissage se fait par le réseau, mais en autonomie, charge à chacun de sélectionner son objectif, sa méthode de travail, d’appeler à l’aide au besoin. Cela suppose un pré-requis important : il faut savoir être autonome dans l’apprentissage. Cet engagement est encore plus compliqué à obtenir lorsque l’apprentissage est distant et l’apprenant physiquement séparé des enseignants (ou des « jardiniers » ;-))  et des autres participants. Certains participants s’adaptent mal à ce type de dispositif et montrent un besoin de pédagogie transmissive, en tous cas d’une pédagogie plus directive : “il faudrait réinjecter plus de théorie” dit Romain dans un commentaire.

Pour maintenir l’engagement cependant, il faut un projet personnel de formation. Le Mooc Itypa ne le fournit pas clef en main : c’est à chacun de définir son propre objectif personnel. Les apprenants ont été un peu désorientés par cette plongée dans le grand bain de l’autonomie, ainsi que l’exprime Vianney sur son blog. C’est une volonté affichée des créateurs du Mooc que laisser un tel flou : de ce chaos originel doivent sortir les liens entre les participants qui vont être à l’origine des apprentissages. C’est un bel objectif, mais combien de participants ont renoncé ? Il n’y a pas pour le moment de moyen pour évaluer la participation, ni les abandons. Voici quelques propositions pour stabiliser cet engagement initial.

Un besoin de pré-formation ?

Il y a certainement un rapport entre l’explicitation du contrat pédagogique et le degré d’engagement des apprenants. Sur le site du Mooc Itypa, les objectifs sont formulés (objectif général du MOOC, thématiques à aborder chaque semaine pour peaufiner son Environnement Apprentissage Personnel), les moyens de la formation sont présentés (les outils Web 2.0, la rencontre synchrone et les newsletters), mais le contrat pédagogique tient plus  de l’implicite et gagnerait à être renforcé et mieux formulé, de façon à ce que les participants aient une idée claire de ce que signifie participer au Mooc. S’il y a bien un embryon de présentation méthodologique (référence au connectivisme, partage de liens et de vidéos), la préparation psychologique des apprenants n’a peut-être pas assez été pensée. En témoignent les nombreux retours d’expérience d’apprenants désorientés, perdus… Peut-être qu’il faudrait préparer davantage au conflit socio-cognitif, dire que cela fait partie de l’apprentissage, pour éviter des réactions trop passionnées, voire le désengagement de certains. La diffusion d’une lettre préalable aux inscrits explicitant les principes, les dispositifs, les pré-requis et proposant un parcours préalable au MOOC pourrait peut-être amener peu à peu les participants à maîtriser les principes de cette formation et les pré-requis techniques qui apparaissent (après coup) nécessaires*. Et à comprendre que ce « Cours » ressemble davantage à un parcours qu’à un cours tel qu’un francophone d’aujourd’hui se le représente.

Organiser une veille collective et collaborative

Les concepteurs du MOOC Itypa ont imaginé des dispositifs de nature à favoriser cet engagement des participants dans le dispositif d’apprentissage. De notre point de vue, l’élément le plus efficace de ce dispositif est la newsletter. Publiée tous les jours de la semaine sauf le week-end, elle structure la veille autour du Mooc, contient des liens mettant en valeur des billets de blogues des participants, elle relaie les échanges sur les réseaux sociaux, et contribue ainsi à construire la communauté bienveillante essentielle au dispositif. Elle est donc la version organisée du flux RSS qui est publié par ailleurs. Cette lettre quotidienne met aussi en évidence un certain nombre de « rites de passage » comme publier son premier billet de blogue, ou trouver des jeux de mots liés au MOOC Itypa, de façon à favoriser le sentiment d’appartenance à une communauté. Le « mot-dièse » (sic !) #itypa sur Twitter est un autre outil efficace, par lequel la communauté apprenante devient visible, se reconnaît, échange, voire se retrouve physiquement autour d’apéros-MOOC localisés.

Ce dispositif peut être amélioré. Il reposait pour cette première expérience essentiellement sur les animateurs du MOOC, qui se sont accordé un repos dominical bien mérité. Mais la non-parution de cette newsletter les samedis et dimanches a des effets indésirables : un billet de blogue publié un samedi, moment de la semaine ou le participant lambda a davantage le temps d’écrire, a pourtant de fortes chances de passer inaperçu, et donc de ne pas être « reconnu », de ne pas susciter les commentaires générateurs d’apprentissages et ainsi d’amener une certaine démotivation.

Nous proposons donc d’organiser une veille collective (même le dimanche ! Pas de répit pour les braves !) en la transformant en activité engageante. Plusieurs missions sont envisageables : nettoyer le flux RSS (ou l’organiser en différents flux identifiés), organiser un tour de veille autour d’un ou des volontaires qui liraient, sélectionneraient et commenteraient les liens de la newsletter, de façon à faciliter la lecture de la masse des apprenants (qui, au vu des appels au secours, ont été nombreux à se sentir « noyés » au début), à la rendre réellement quotidienne tout en allégeant le travail des animateurs. Cela permettrait aussi sûrement de recentrer l’engagement des participants sur l’objet du MOOC (la conception d’un environnement personnel d’apprentissage) plutôt que sur les outils.

L’épineuse question de l’évaluation

L’interview des concepteurs du MOOC Itypa a montré la difficulté à penser la question de l’évaluation dans ce type de dispositif. Pourtant elle est une question essentielle qui a pris quasiment toute la place dans la dernière séance en synchrone avec Marcel Lebrun, séance basée sur les questions des participants. Quelles sont les pistes pour intégrer l’évaluation dans le dispositif des MOOC ?

Le Mooc ne peut être le lieu d’une évaluation certificative : apprendre pour avoir des points, décoder les attentes de l’enseignant pour réussir, ce n’est définitivement pas ce que les concepteurs d’un MOOC entendent par « apprendre ». Les MOOC pourraient davantage se prêter à une évaluation formative au travers de la création d’un portfolio, d’un chef d’œuvre qui montre des compétences en action, à la manière des apprentis. Pour Stephen Downes, fondateur du principe des MOOC connectivistes, il vaut mieux évaluer sur la capacité à entraider et produire du bien commun plutôt que de pousser à l’évaluation individuelle. C’est un peu ce qu’ont fait les participants au travers de leur blog, élément central d’un Environnement Personnel d’Apprentissage qui comprenait également les outils de veille, de traitement et de stockage de l’information, et des lieux d’échange et de discussion. Mais en ont-il eu conscience ? Il manque, nous semble-t-il, une étape de formalisation de cette démarche.

Se pose en effet la question de l’institutionnalisation du savoir acquis. Les animateurs d’itypa se refusent à être ceux qui institutionnalisent, et semblent penser que la communauté suffit à faire prendre conscience des apprentissages, à transformer les connaissances acquises par chacun en savoir commun. Pour Marcel Lebrun, le rôle des formateurs est plus fort. Apprendre, c’est créer des structures d’ordre, des marches qui permettent de continuer à progresser. Les animateurs doivent être ceux qui aident les apprenants à mettre de l’ordre dans le désordre, à structurer ce qui a été appris. C’est un peu le cas dans ce MOOC via les commentaires et les séances synchrones, mais cela gagnerait à être assumé par les animateurs.

Pour Marcel Lebrun, il ne suffit pas d’immerger un étudiant dans une situation pour qu’il apprenne, il faut former aux compétences de manière explicite. Nous suggérons donc d’aborder la question de l’évaluation dès le début du cours, de permettre aux participants d’apprendre à se construire un outil d’auto-évaluation au commencement de leur parcours, de manière à faciliter la construction d’un parcours individuel de formation qui permette d’évaluer ses stratégies, son parcours, ses réussites et ses échecs.

On dit souvent d’une première expérimentation qu’elle a eu « le mérite d’exister ». Du MOOC Itypa on peut dire aussi qu’il est allé bien au-delà. Marcel Lebrun parle d’un meta Mooc pour le MOOC itypa : un MOOC où on apprend sur les MOOC. Dispositif pensé autour de principes affirmés, ce MOOC a mobilisé de nombreux participants et en a mené quelques centaines (on ne peut pas mesurer faute d’outils) au bout de leur projet. L’aspect « connectiviste » n’est pas pour rien dans son succès. Nombreux sont les participants qui n’auraient pu aller au bout d’un MOOC mécaniste, voire n’auraient pas osé s’y inscrire… Ceci dit, cette opposition entre MOOC mécanistes et MOOC connectivistes est en passe d’évoluer. Les MOOC mécanistes s’humanisent un peu et intègrent désormais les communautés dans le dispositif. Les MOOC connectivistes peuvent aussi nuancer certains aspects du connectivisme, et notamment le chaos originel qui a tant perturbé et gagnerait sûrement à être adouci au travers de quelques ressources et de quelques aspects d’organisation susceptibles de conserver l’engagement des participants.

Quant à nous, trois étudiants de master, nous avons vécu grâce à ce MOOC l’expérience des Trois Mousquetaires : arrivés tout seuls, nous sommes repartis à quatre : nous trois, et notre réseau !

* Cela nous paraît évident a posteriori mais il fallait y penser : pour apprendre en ligne, il faut en effet être un minimum “e-alphabétisé”, c’est-à-dire disposer d’un minimum de compétences numériques.

3 réflexions sur “Améliorer le MOOC Itypa est-ce possible ?

  1. […] ITyPA Print Share Sort: Newest Oldest Title Publisher Sort Share tritypa.wordpress.com       2 minutes […]

  2. lepagegilles dit :

    merci pour votre article que j’ai scooopité, tweeté, google+é, … J’adhère et j’apprécie le ton, la formulation, la structuration🙂
    http://www.scoop.it/t/epedagogie/p/3995555563/ameliorer-le-mooc-itypa-est-ce-possible

  3. Merci à vous les mousquetaires, d’être allés plus vite que nous les quat’zamis, dans la capitalisation de cette expérience🙂
    Ceci dit, les projets de Moocs connectivistes vont bon train (les autres aussi, mais bon…) et certains d’entre eux seront évalués… De plus amples nouvelles bientôt !

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :