MOOC mécanique, MOOC connectiviste

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30 octobre 2012 par GhitaBO

Difficile de trouver du temps pour tenir à jour ce carnet de bord, mais ouf, c’est les vacances. On se repose, mais quand même. Mon expérience du MOOC est double, puisque j’ai choisi d’en suivre deux en même temps. D’un côté, le MOOC ITyPA, qui est le sujet principal de ce blog, et puis le Mechanical MOOC ouvert par le MIT le 15 octobre dernier pour apprendre à coder en Python. Pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué ?

Je ne me suis obligée à rien ceci dit. Ça faisait longtemps que je voulais apprendre à programmer. J’essayais des trucs, par-ci par-là, mais toi-même tu sais : difficile de trouver le temps, la discipline, la régularité. Quand j’ai appris l’ouverture du MOOC Python, j’ai plongé la tête la première ! Enfin un cadre, je n’allais tout de même pas bouder mon plaisir. Et puis c’est arrivé peu de temps après notre décision de suivre le MOOC ITyPA, alors je me suis dit double banco : je pourrais faire des comparaisons !

Sauf que. Comparer quoi ? A part que l’apprentissage se passe sur le Web, les deux MOOC n’ont à peu près rien à voir. Et puis comparer comment ? Je n’allais tout de même pas me mettre à distribuer des bons points. Si on peut éviter d’être apprenant-consommateur, j’aimerais autant. Mais surtout, surtout, à force de veille, de lectures et d’expérimentations, je me suis rapidement rendue compte que l’idée même de cette comparaison traversait douloureusement le monde de l’éducation en ce moment. C’est que le MOOC ITyPA et le MOOC Python représentent chacun un modèle très spécifique d’apprentissage et d’enseignement en ligne. Un clivage qui déchaîne les passions (y a qu’à voir ici, ici, et encore ).

Voyons ça de plus près.

La bataille des MOOC

Il semble en effet d’usage de distinguer dans la nébuleuse des MOOC deux sous-espèces : le xMOOC, ou MOOC mécanique, et le cMOOC, ou MOOC Connectiviste. Ne faisons pas inutilement durer l’attente : Python est mécanique, ITyPA est connectiviste. Avant d’aller plus loin, petite digression pour expliquer brièvement comment fonctionne le MOOC Python (je suppose que pour le MOOC ITyPA, vous savez déjà un peu. Corrigez-moi en commentaire si je me trompe).
Le MOOC Python
Le fonctionnement est assez simple. Le MIT a décidé d’ouvrir un cours intitulé « A Gentle Introduction to Python » pour que les plus motivés (et anglophones) de la planète apprennent à programmer dans le langage le plus simple et le plus intuitif qui existe (au monde de la terre de l’univers) : Python. Pour ce faire, il collabore avec deux autres plate-formes d’Open Education : Code Academy (le nom est transparent) et OpenStudy, qui est un forum où de bons samaritains bénévoles vous aident quand vous bloquez quelque part. Chaque lundi, les participants reçoivent un mail avec les instructions de la semaine : des chapitres à lire dans le merveilleux How to Think Like a Computer Scientis, une vidéo d’un cours du MIT (barbante, mais facultative), une séquence d’exercices sur Code Academy (c’est ce que je préfère), et puis un document PDF avec des devoirs à faire de son côté en auto-évaluation (il faut avoir pré-installé une console de programmation sur son ordinateur). Pour les accros de l’interaction sociale, il y a toujours la possibilité de participer aux discussions sur OpenStudy, ou de demander à l’inscription de faire partie d’un groupe de travail. Moi je fais pas, je suis un ours.

Pas la peine de cogiter bien longtemps pour saisir le sens de « mécanique » : la progression du cours est très directive, repose entièrement sur les capacités de l’apprenant à être autonome et il n’y a aucun « professeur » qui flotte dans le Cloud pour nous évaluer. En gros, « Suis-moi, mais démerde-toi ». Ne réussirons que les justes. D’ailleurs, si j’en juge par les quelques billets consacrés au sujet sur le blog du MOOC, le taux d’abandon chez les apprenants pourrait se révéler assez élevé. Comme le rappelle Christine Vaufrey, il n’y a pas de réelle innovation pédagogique dans ce xMOOC : les contenus universitaires sont simplement numérisés, rendus accessibles à qui le souhaite (ce qui est déjà pas mal ceci dit), mais rien qui diffère de la salle de classe et des devoirs à la maison. La déconnade avec les copains en moins. L’unique mesure de l’engagement n’en est donc pas vraiment une, puisqu’elle repose sur cette donnée éminemment subjective dont parlait Denys Lamontagne jeudi dernier : l’intérêt. Dans mon cas, l’intérêt n’est nullement suscité par le dispositif : j’avais déjà, a priori, envie d’apprendre à programmer en Python. Et c’est pour ça que je continue.
Le cMOOC, c’est vraiment mieux (?)
ITyPA, évidemment, c’est complètement autre chose. Le moins que l’on puisse dire, c’est que le parcours n’est pas directif. Ce qui pose à son tour certains problèmes, relayés par de nombreux participants. Comment éviter la noyade ? Par où commencer ? Devant l’abondance des ressources, comment passer de la sidération à l’apprentissage effectif, c’est-à-dire à l’appropriation et à la réutilisation de l’information ? Vous aurez remarqué plus haut mon insistance sur le besoin d’avoir un cadre, même minimal, pour apprendre. Bon, il se trouve que les MOOCsquetaires que nous sommes ne sont pas les moins bien lotis. On est dans un master où on apprend aussi à faire de la veille, à organiser l’information, à réfléchir sur les nouveaux enjeux de l’apprentissage, etc. D’ailleurs, il semblerait que la plupart des gens qui persévèrent dans le MOOC ITyPA soient de près ou de loin des professionnels de l’éducation. A certains égards, la mesure de l’engagement des apprenants ne semble pas si éloignée que cela du MOOC Python : finalement, peut-être qu’on ne prêche qu’aux convertis.

Alors, en quoi les cMOOC sont mieux que les xMOOC ? La question est volontairement provocante, et j’espère qu’elle suscitera une discussion féconde dans les commentaires. Mais plus sérieusement, si je suis tout à fait sensible aux arguments de Christine Vaufrey, de Sir John Daniel et de Nicolas Carr, il me paraît délicat d’enfermer le débat sur les MOOC dans un clivage aussi binaire entre mécanique et connectivisme. Les deux dispositifs ont une ambition très différente : là où les xMOOC visent l’acquisition de compétences spécifiques dans un domaine restreint (ici, la programmation en langage Pyhton), les cMOOC entendent développer une réflexion sur ce drôle d’événement cognitif et social qu’est l’apprentissage, sans chercher à éviter le chaos par des pirouettes maladroites. Il me semble qu’il y a dans cette opposition entre cMOOC et xMOOC quelque chose qui ne tient pas, du moins de mon point de vue d’apprenante. Oui, j’ai besoin d’un cadre quand il s’agit de m’approprier du contenu et des pratiques. Oui, j’ai aussi besoin d’un espace de créativité, de tâtonnement et d’expérimentation pour réfléchir à ma manière d’apprendre. Simultanément.

11 réflexions sur “MOOC mécanique, MOOC connectiviste

  1. mathilde dit :

    Merci pour ce billet : je ne trouvais pas de définitions xMOOC / cMOOC. Là c’est on ne peut plus clair. Je partage ton analyse sur le MOOC Itypa, la différence me parait surtout liée aux thématiques abordées, et donc aux méthodologies les plus adaptées pour diffuser chacune. Dans un cas, on aborde les sciences cognitives, le « apprendre à apprendre » : la mise en abîme est forcément utilisée pour mettre de futurs pédagogues en situation d’apprenants. Dans l’autre cas, on a contenu technique bien défini, plus simple peut-être à appréhender. Peut-être qu’on a là une illustration de la différence « sciences humaines » / « sciences physiques » lorsque leur enseignement est porté des amphis à Internet ?
    Bonne continuation à tous les 3 !

    • GhitaBO dit :

      Merci de ton commentaire.

      Je ne sais pas si ITyPA aborde frontalement les sciences cognitives, mais en tout cas il est sûr que le niveau méta prend le dessus sur la thématique du cours elle-même, c’est-à-dire la construction d’un environnement personnel de travail en ligne. Il y a un autre biais qui fait que je considère ITyPA de cette façon : c’est un objet d’étude dans le cadre d’un autre cours que je suis avec les deux autres MOOCsquetaires. Forcément, on ne tire pas du MOOC les mêmes enseignements.

      Quant à la distinction sciences humaines / sciences physiques, je ne suis pas sûre qu’elle s’applique pour parler des xMOOC / cMOOC. On peut très bien faire un xMOOC qui a pour objet les sciences humaines (c’est même prévu dans l’offre de cours de Coursera, pour ne citer qu’eux). Je crois que la vraie différence, c’est la pédagogie, et en particulier le rapport de l’apprenant au chaos. D’un côté l’ordre, de l’autre le joyeux bordel. Moi je verrais bien une solution entre les deux…

  2. plerudulier dit :

    Très intéressante comparaison … qui ne veut pas l’être, on l’a bien compris, mais qui ne peut s’empêcher… de l’être, même un peu. Je me demande comment aurait pu être un cMOOC visant à enseigner le language Python (simple, ah bon!). Merci en tous cas pour votre retour et bon courage et bonne chance pour la poursuite de l’un et l’autre MOOC.

    • GhitaBO dit :

      Comment éviter la comparaison ? Oui, mes moyens rhétoriques ne m’ont pas permis de dépasser cet écueil. Ceci dit, ce serait vraiment intéressant de voir si on peut effectivement enseigner quelque chose comme un langage de programmation via une pédagogie connectiviste plutôt que mécanique. Au fond, ça permettrait de voir si la pédagogie est subordonnée au contenu ou à la thématique des MOOC. Le xMOOC du MIT essaie d’introduire un peu de ça, en tentant de recréer une ambiance de classe sur la plateforme OpenStudy. Mais c’est vrai qu’il n’y a pas vraiment de place pour la production personnelle. Peut-être lorsqu’on aura acquis certaines bases et qu’on pourra créer des programmes amusants à notre tour ?

      Quant à la simplicité de Python, j’étais (un peu) ironique, mais je crois que ça passe moins bien à l’écrit🙂

  3. Lucas Gruez dit :

    Bonjour
    Merci à vous pour votre articles très clair et instructif. Je suis préfet des études dans l’Académie de Lille et à titre professionnel (Innovation pédagogique) et personnel je me suis intéressé à ce nouveau vecteur éducatif depuis cet été. Je me suis d’ailleurs inscrit à deux MOOCs anglo-saxon à la fois pour vivre le phénomène de l’intérieur mais surtout dans un objectif de montée en compétence. L’un est plutôt descendant et l’autre collaboratif. Il est à préciser que même dans les MOOCs « magistraux » un forum est à disposition pour développer l’aspect collaboratif et que des pages facebook sont créés par les étudiants, en parallèle, donc même dans un MOOC descendant, l’aspect collaboration entre pairs peut exister. Je pense que le clivage majeur entre les deux types de MOOCs est la matière enseignée.
    A propos du collaboratif quelques remarques également: dans une équipe certains participants ne viennent pas ou sont loin d’être moteur, ce qui relativise la portée du CMMOC et un aspect me semble essentiel, que semble peu aborder ITYPA, qu’en est-il de l’évaluation? Car logiquement qui dit formation dit évaluation. Dans le MOOC collaboratif que je suis, le parti pris est une évaluation par les pairs (de différentes manières) et également la mesure de notre engagement sur la plate-forme, car ces dernières collectent de nombreuses données sur notre activité.
    J’utilise Scoop.it depuis mars 2011 sur différents sujet, et j’ai débuté depuis peu une activité de curation sur les MOOCS, car je trouve que c’est un excellent outil personnel d’apprentissage et de partage des connaissances.
    http://www.scoop.it/t/easy-mooc
    Bon courage pour votre participation car un dernier élément à souligner est que participer à un MOOC est palpitant mais c’est également très prenant (chronophage).
    Très cordialement
    Lucas Gruez

    • GhitaBO dit :

      Merci beaucoup d’avoir relayé et commenté ce billet. Votre Scoop.it nous est par ailleurs très utile pour suivre l’actualité des MOOC.

  4. […] ce blog, nous avons pu évoquer que le MOOC ITyPa est de type connectiviste. Il a pu être défini, ici et ailleurs, par opposition aux maintenant traditionnels MOOC mécanistes type Ivy League. On […]

  5. […] : il y a ce terme de “connectiviste”… que vous comprendrez mieux en lisant ce billet de Ghita qui compare MOOC mécanique et MOOC constructiviste. Un dérivé de pédagogie […]

  6. […] ponctué par quelques évaluations. GhitaBO, “sérial mooc-euse”, les a comparés dans un billet. Certains sont “automatiques” (un cours très directif, des vidéos, des lectures, un […]

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