Des « ismes » et un MOOC

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10 décembre 2012 par GhitaBO

A plusieurs reprises sur ce blog, nous avons pu évoquer que le MOOC ITyPa est de type connectiviste. Il a pu être défini, ici et ailleurs, par opposition aux maintenant traditionnels MOOC mécanistes type Ivy League. On comprend bien qu’ITyPA entend faire la nique aux pédagogies conventionnelles, magistrales, transmissives, normées par l’institution. Les expériences des MOOCers en ont d’ailleurs témoigné : avec ITyPA, on apprend le plus souvent sans s’en rendre compte. Le fait « apprentissage » peut même revêtir une dimension paradoxale ; « je n’apprends rien », « je suis perdu », « je ne sais pas quelle orientation donner à mon parcours »… Bref, le malaise d’une expérience parfois chaotique au service d’un dessein étonnant. Non pas l’acquisition de contenus mais la construction d’une position d’apprenant, si possible solide, si possible durable.

Or la construction par le chaos ne se décrète pas. C’est une démarche chargée de théorie, portée par une hypothèse pédagogique forte : le connectivisme. Au-delà des « -ismes » et des mots qui fâchent, nous avons besoin de pouvoir formuler clairement la teneur de cette hypothèse. Pour plusieurs raisons. D’abord, vous vous rappelez que les MOOCsquetaires sont des apprenants-analystes. Ensuite, parce qu’on se demande si l’expérience ITyPA est reproductible. Enfin, parce que l’idée d’un apprentissage non-consommateur nous plaît quand même beaucoup.

Mettons-donc des mots sur les choses. Pas facile. Voici, pêle-mêle, du plus minimaliste au plus complexe, un début de culture commune autour du connectivisme.

Moocs reposant sur la participation des étudiants (source)

They tend to raise the concept of e-learning 2.0, based on Personal Learning Environments (PLE), were the learner chooses what to learn and how to learn it. They also deal with the associated Personal Learning Networks (PLN) that are created in the process of learning making connections, that are more important than the content itself (a key idea in Connectivism). Traduction : Ils [les MOOCs connectivistes] tendent à mettre en avant le concept d’apprentissage 2.0, basé sur des Environnements d’apprentissage personnel (EAP), où les apprenants choisissent ce qu’ils et comment ils apprennent. Ils ont aussi trait aux Réseaux personnels d’apprentissage (RPA) qui sont créés dans le processus d’apprentissage grâce aux connexions qui sont plus importantes que le contenu lui-même (une idée clé dans le Connectivisme). (source)

The connected aspect of learning is brought to the fore in a cMOOC. It’s a chaotic experience (…) and is inherently personal and subjective, as participants create their meaning and build and navigate their own web of connections. Traduction : le caractère connecté de l’apprentissage est en première ligne dans un cMOOC. C’est une expérience chaotique (…) qui est fondamentalement personnelle et subjective, dans la mesure où les participants créent leur propre sens, naviguent et construisent leur propre réseau de connexions. (source)

Social interactions actually produce the content. Traduction : en réalité, ce sont les interactions sociales qui produisent le contenu (source : la fameuse interview de George Siemens, l’un des fondateurs des cMOOC)

Les cMooc (…) autorisent précisément les apprenants à construire eux-mêmes leurs contenus, de trois façons différentes : en sélectionnant leurs sources, en échangeant entre eux dans le cadre d’un dispositif élaboré à cette fin (le cours), et en produisant eux-mêmes. C’est à ce niveau, celui de la construction personnelle des savoirs imprégnés de savoir-faire (et inversement), que se situe à mon sens l’intérêt des cMooc, à considérer comme une tentative de proposer une forme alternative d’apprentissage. Pas une forme alternative dans l’absolu, puisqu’il s’agit évidemment d’une voie (celle qui privilégie l’autonomie de l’apprenant sur sa capacité de mémorisation et d’imitation) déjà largement empruntée auparavant, mais néanmoins d’une forme renouvelée de cette voie grâce à la valorisation de l’interconnexion des apprenants entre eux et avec les espaces de dépôt et de production des savoirs. (source)

Le dernier point est important. L’hypothèse connectiviste n’est pas nouvelle. Elle emprunte beaucoup à une autre théorie de l’éducation pré-Web 2.0 : le socio-constructivisme. Pour faire court, cette théorie repose sur trois piliers : l’apprentissage par le faire, le chamboulement des représentations initiales des apprenants et une temporalité non-linéaire. On retrouve plusieurs choses propres à ITyPA : les productions  personnelles des apprenants, les nombreux témoignages d’une expérience cognitivement conflictuelle et les va-vient constant entre différents rapports à l’apprentissage (apaisé, enthousiaste, embêté, perdu…). Ça, c’est pour le côté « constructiviste ». Le côté « socio », c’est l’apprentissage en réseau, dans un environnement dédié, où les interactions sont le nerf de la guerre.

Alors pourquoi accoucher d’un autre terme ? L’hypothèse, que les animateurs d’ITyPA semblent partager, est celle du changement d’échelle. Le Web est passé par là : le terme d’interaction a glissé vers celui de connexion. Apprendre avec les autres aujourd’hui, ce n’est plus simplement apprendre avec une vingtaine de camarades de classe, mais avec 1000 personnes (et plus) qu’on ne voit peut-être jamais (encore que, les apéros MOOC ont l’air d’avoir du succès !). Le connectivisme, c’est l’apprentissage socio-constructiviste par RSS et hashtag. La métaphore du réseau donne une coloration topographique à l’apprentissage. Le savoir ne se comprend plus en termes de « quoi ? » ni de « qui ? » mais de « où ? » : apprendre à trouver ce qu’on cherche dans les méandres du réseau. (Pour une visualisation très claire de la genèse théorique des cMOOC, c’est par ici).

Comme dirait l’autre, This is a Revolution. Bien que l’hypothèse théorique ne soit pas nouvelle, son implémentation Web 2.0 change la donne. Elle donne une dimension massive à la mise en crise des visions classiques de l’apprentissage. Les catégories traditionnelles d’analyse sont éclatées : engagement de l’apprenant, transmission des contenus, rôle des enseignants, processus d’évaluation…

Ceci dit, l’enjeu essentiel du connectivisme tel qu’il est mis en place dans le MOOC ITyPA réside pour moi dans le rapport à l’institution. Il n’est pas anodin de noter que le MOOC ITyPA soit libre de tout engagement institutionnel. Un choix assumé par les animateurs (voir début de leur interview). L’ambition est de construire un modèle alternatif à l’apprentissage-consommation des xMOOC, qui pèchent par leur manque d’innovation pédagogique. Dans ces conditions, l’expérience ITyPA est-elle reproductible ? Doit-on se dédoudanner de toute forme d’évaluation ou d’institutionnalisation des savoirs ? Comment amener les institutions d’enseignement supérieur, qui voudraient apprendre des erreurs des xMOOC, à changer leurs visions du savoir et de sa transmission ?

Ce sont autant de questions ouvertes qu’il faut à mon sens aborder sans être dupe des enjeux idéologiques, économiques et politiques, qui rendent le débat si passionné et passionnant. La suite dans les prochains épisodes.

Pour vous faire patienter, un petit aperçu des cMOOC en cours et à venir.

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